Jacques Brel

2009 juin 3
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by marie

Incontournable de la chanson française Jacques BREL (Belge né en 1929 et mort en 1978) a laissé derrière lui plusieurs superbes chansons poétiques.

Je vous propose les ultra-connues des français…. 

Il était aussi un très bon acteur dans les films : “Les risques du métier” d’André Cayatte (1967) – “Mon oncle Benjamin” d’Edouard Molinaro (1969) – “L’aventure c’est l’aventure” de Claude Lelouch (1972) – “L’emmerdeur” d’Edouard Molinaro (1973) 

Ecoutez et regardez les vidéos de Jacques BREL sur DEEZER

Site sur Jacques BREL

Archives INA  (films d’archives)

 

Version David Bowie

DANS LE PORT D’AMSTERDAM (1964)

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui chantent
Les rêves qui les hantent
Au large d’Amsterdam
Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui dorment
Comme des oriflammes
Le long des berges mornes
Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui meurent
Pleins de bière et de drames
Aux premières lueurs
Mais dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui naissent
Dans la chaleur épaisse
Des langueurs océanes

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui mangent
Sur des nappes trop blanches
Des poissons ruisselants
Ils vous montrent des dents
A croquer la fortune
A décroisser la lune
A bouffer des haubans
Et ça sent la morue
Jusque dans le coeur des frites
Que leurs grosses mains invitent
A revenir en plus
Puis se lèvent en riant
Dans un bruit de tempête
Referment leur braguette
Et sortent en rotant

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui dansent
En se frottant la panse
Sur la panse des femmes
Et ils tournent et ils dansent
Comme des soleils crachés
Dans le son déchiré
D’un accordéon rance
Ils se tordent le cou
Pour mieux s’entendre rire
Jusqu’à ce que tout à coup
L’accordéon expire
Alors le geste grave
Alors le regard fier
Ils ramènent leur batave
Jusqu’en pleine lumière

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui boivent
Et qui boivent et reboivent
Et qui reboivent encore
Ils boivent à la santé
Des putains d’Amsterdarn
De Hambourg ou d’ailleurs
Enfin ils boivent aux dames
Qui leur donnent leur joli corps
Qui leur donnent leur vertu
Pour une pièce en or
Et quand ils ont bien bu
Se plantent le nez au ciel
Se mouchent dans les étoiles
Et ils pissent comme je pleure
Sur les femmes infidèles

Dans le port d’Amsterdam
Dans le port d’Amsterdam.

NE ME QUITTE PAS  – IF YOU GO AWAY (1959)

Version Dee Dee Bridgewater - Version Sting - Version Julio Iglesias - Version Majida El Roumi - Version Frida BOCCARA

Sketch de Muriel Robin “La lettre”

Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s’oublier
Qui s’enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
A savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
A coups de pourquoi
Le coeur du bonheur
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

Moi je t’offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu’après ma mort
Pour couvrir ton corps
D’or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l’amour sera roi
Où l’amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

Ne me quitte pas
Je t’inventerai
Des mots insensés
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces amants là
Qui ont vu deux fois
Leurs coeurs s’embraser
Je te raconterai
L’histoire de ce roi
Mort de n’avoir pas
Pu te rencontrer
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

On a vu souvent
Rejaillir le feu
D’un ancien volcan
Qu’on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu’un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu’un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s’épousent-ils pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t’écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L’ombre de ton ombre
L’ombre de ta main
L’ombre de ton chien
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas

QUAND ON N’A QUE L’AMOUR (1957)

Quand on n’a que l’amour
A s’offrir en partage
Au jour du grand voyage
Qu’est notre grand amour
Quand on n’a que l’amour
Mon amour toi et moi
Pour qu’éclatent de joie
Chaque heure et chaque jour
Quand on n’a que l’amour
Pour vivre nos promesses
Sans nulle autre richesse
Que d’y croire toujours
Quand on n’a que l’amour
Pour meubler de merveilles
Et couvrir de soleil
La laideur des faubourgs
Quand on n’a que l’amour
Pour unique raison
Pour unique chanson
Et unique secours

Quand on n’a que l’amour
Pour habiller matin
Pauvres et malandrins
De manteaux de velours
Quand on n’a que l’amour
A offrir en prière
Pour les maux de la terre
En simple troubadour
Quand on n’a que l’amour
A offrir à ceux-là
Dont l’unique combat
Est de chercher le jour
Quand on n’a que l’amour
Pour tracer un chemin
Et forcer le destin
A chaque carrefour
Quand on n’a que l’amour
Pour parler aux canons
Et rien qu’une chanson
Pour convaincre un tambour

Alors sans avoir rien
Que la force d’aimer
Nous aurons dans nos mains
Amis le monde entier.

 

  

CES GENS-LÀ (1965)   (magnifique – grandiose interprétation !!)

autre vidéo - Version Noir Désir -

D’abord d’abord y a l’aîné
Lui qui est comme un melon
Lui qui a un gros nez
Lui qui sait plus son nom
Monsieur tellement qui boit                          (tellement qu’il boit)
Ou tellement qu’il a bu
Qui fait rien de ses dix doigts
Mais lui qui n’en peut plus                             (Il n’en peut plus = exténué/fatigué)
Lui qui est complètement cuit                    (cuit par l’alcool)
Et qui se prend pour le roi
Qui se saoule toutes les nuits
Avec du mauvais vin
Mais qu’on retrouve matin
Dans l’église qui roupille                                (roupiller = dormir)
Raide comme une saillie
Blanc comme un cierge de Pâques
Et puis qui balbutie
Et qui a l’oeil qui divague
Faut vous dire Monsieur
Que chez ces gens-là
On ne pense pas Monsieur
On ne pense pas on prie

Et puis y a l’autre
Des carottes dans les cheveux
Qu’a jamais vu un peigne
Quest méchant comme une teigne
Même qu’il donnerait sa chemise
A des pauvres gens heureux
Qui a marié la Denise
Une fille de la ville
Enfin d’une autre ville
Et que c’est pas fini
Qui fait ses petites affaires
Avec son petit chapeau
Avec son petit manteau
Avec sa petite auto
Qu’aimerait bien avoir l’air
Mais qui n’a pas l’air du tout
Faut pas jouer les riches
Quand on n’a pas le sou                                  (le sou = l’argent)
Faut vous dire Monsieur
Que chez ces gens-là
On ne vit pas Monsieur
On ne vit pas on triche

Et puis y a les autres
La mère qui ne dit rien
Ou bien n’importe quoi
Et du soir au matin
Sous sa belle gueule d’apôtre
Et dans son cadre en bois
Y a la moustache du père
Qui est mort d’une glissade
Et qui regarde son troupeau
Bouffer la soupe froide
Et ça fait des grands chloup
Et ça fait des grands chloup
Et puis il y a la toute vieille
Qu’en finit pas de vibrer
Et qu’on n’écoute même pas
Vu que c’est elle qu’a l’oseille                        (l’oseille = l’argent)
Et qu’on écoute même pas
Ce que ses pauvres mains racontent
Faut vous dire Monsieur
Que chez ces gens-là
On ne cause pas Monsieur                             (causer = parler)
On ne cause pas on compte

Et puis et puis
Et puis y a Frida
Qui est belle comme un soleil
Et qui m’aime pareil
Que moi j’aime Frida
Même qu’on se dit souvent
Qu’on aura une maison
Avec des tas de fenêtres
Avec presque pas de murs
Et qu’on vivra dedans
Et qu’il fera bon y être
Et que si c’est pas sûr
C’est quand même peut-être
Parce que les autres veulent pas
Parce que les autres veulent pas
Les autres ils disent comme ça
Qu’elle est trop belle pour moi
Que je suis tout juste bon
A égorger les chats
J’ai jamais tué de chats
Ou alors y a longtemps
Ou bien j’ai oublié

Ou ils sentaient pas bon
Enfin ils ne veulent pas
Enfin ils ne veulent pas
Parfois quand on se voit
Semblant que c’est pas exprès           (faire exprès – faire qqch volontairement)
Avec ses yeux mouillants
Elle dit qu’elle partira
Elle dit qu’elle me suivra
Alors pour un instant
Pour un instant seulement
Alors moi je la crois Monsieur
Pour un instant
Pour un instant seulement
Parce que chez ces gens-là
Monsieur on ne s’en va pas
On ne s’en va pas Monsieur
On ne s’en va pas
Mais il est tard Monsieur
Il faut que je rentre chez moi.

 

Jacques BREL

LE MORIBOND (1961)

Version Terry Jacks (1974) – Version Nirvana  – Version Beach Boys -

Adieu l’Emile je t’aimais bien
Adieu l’Emile je t’aimais bien tu sais
On a chanté les mêmes vins
On a chanté les même filles
On a chanté les même chagrins
Adieu l’Emile je vais mourir
C’est dur de mourir au printemps tu sais
Mais j’pars aux fleurs la paix dans l’âme
Car vu que t’es bon comme du pain blanc               (= tu es gentil)
Je sais que prendras soin d’ ma femme

Et je veux qu’on rie
J’ veux qu’on danse
J’ veux qu’on s’amuse comme des fous
J’ veux qu’on rie
J’ veux qu’on danse
Quand c’est qu’on m’mettra dans le trou               (manière campagnarde de parler)

Adieu Curé je t’aimais bien
Adieu Curé je t’aimais bien tu sais
On n’était pas du même bord                                      (pas les mêmes idées politiques)
On n’était pas du même chemin
Mais on cherchait le même port                                
Adieu Curé je vais mourir
C’est dur de mourir au printemps tu sais
Mais je pars aux fleurs la paix dans l’âme
Car vu que t’étais son confident
Je sais que prendras soin d’ ma femme

Et je veux qu’on rie
J’veux qu’on danse
J’ veux qu’on s’amuse comme des fous
J’ veux qu’on rie
J’ veux qu’on danse
Quand c’est qu’on m’ mettra dans le trou

Adieu l’Antoine je t’aimais pas bien
Adieu l’Antoine je t’aimais pas bien tu sais
J’en crève de crever aujourd’hui                                   (crever = mourir)
Alors que toi tu es bien vivant
Et même plus solide que l’ennui
Adieu l’Antoine je vais mourir
C’est dur de mourir au printemps tu sais
Mais je pars aux fleurs la paix dans l’âme
Car vu que tu étais son amant
Je sais que prendras soin de ma femme

Et j’veux qu’on rie
J’ veux qu’on danse
J’ veux qu’on s’amuse comme des fous
J’ veux qu’on rie
J’ veux qu’on danse
Quand c’est qu’on me mettra dans le trou

Adieu ma femme je t’aimais bien
Adieu ma femme je t’aimais bien tu sais
Mais je prends le train pour le Bon Dieu
Je prends le train qui est avant le tien
Mais on prend tous le train qu’on peut
Adieu ma femme je vais mourir
C’est dur de mourir au printemps tu sais
Mais je pars aux fleurs les yeux fermés ma femme
Car vu que je les ai  fermés souvent
Je sais qu’tu  prendras soin mon âme

Et j’ veux qu’on rie
J’ veux qu’on danse
J’ veux qu’on s’amuse comme des fous
J’ veux qu’on rie
J’ veux qu’on danse
Quand c’est qu’on me mettra dans le trou

 

LES VIEUX (1963)

Les vieux ne parlent plus ou alors seulement parfois du bout des yeux
Même riches ils sont pauvres, ils n’ont plus d’illusions et n’ont qu’un coeur pour deux
Chez eux ça sent le thym, le propre, la lavande et le verbe d’antan
Que l’on vive à Paris on vit tous en province quand on vit trop longtemps
Est-ce d’avoir trop ri que leur voix se lézarde quand ils parlent d’hier
Et d’avoir trop pleuré que des larmes encore leur perlent aux paupières
Et s’ils tremblent un peu est-ce de voir vieillir la pendule d’argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui dit: je vous attends

Les vieux ne rêvent plus, leurs livres s’ensommeillent, leurs pianos sont fermés
Le petit chat est mort, le muscat du dimanche ne les fait plus chanter
Les vieux ne bougent plus leurs gestes ont trop de rides leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit
Et s’ils sortent encore bras dessus bras dessous tout habillés de raide
C’est pour suivre au soleil l’enterrement d’un plus vieux, l’enterrement d’une plus laide
Et le temps d’un sanglot, oublier toute une heure la pendule d’argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, et puis qui les attend

Les vieux ne meurent pas, ils s’endorment un jour et dorment trop longtemps
Ils se tiennent la main, ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant
Et l’autre reste là, le meilleur ou le pire, le doux ou le sévère
Cela n’importe pas, celui des deux qui reste se retrouve en enfer
Vous le verrez peut-être, vous la verrez parfois en pluie et en chagrin
Traverser le présent en s’excusant déjà de n’être pas plus loin
Et fuir devant vous une dernière fois la pendule d’argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui leur dit: je t’attends
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non et puis qui nous attend.

 

LA CHANSON DE JACKY (1966)

Même si un jour à Knocke-le-Zoute
Je deviens comme je le redoute
Chanteur pour femmes finissantes
Même si je leur chante “Mi Corazon”
Avec la voix bandonéante
D’un Argentin de Carcassonne
Même si on m’appelle Antonio
Que je brûle mes derniers feux
En échange de quelques cadeaux
Madame je fais ce que je peux
Même si je me saoule à l’hydromel
Pour mieux parler de virilité
A des mémères décorées
Comme des arbres de Noël
Je sais que dans ma saoulographie
Chaque nuit pour des éléphants roses
Je chanterai la chanson morose
Celle du temps où je m’appelais Jacky

Être une heure une heure seulement
Être une heure une heure quelquefois
Être une heure rien qu’une heure durant
Beau beau beau et con à la fois

Même si un jour à Macao
Je deviens gouverneur de tripot                                         (maison de prostitution)
Cerclé de femmes languissantes
Même si lassé d’être chanteur
J’y sois devenu maître chanteur                                         
Et que ce soit les autres qui chantent
Même si on m’appelle le beau Serge
Que je vende des bateaux d’opium
Du whisky de Clermont-Ferrand
De vrais pédés de fausses vierges
Que j’aie une bague à chaque doigt
Et un doigt dans chaque pays
Et que chaque pays soit à moi
Je sais quand même que chaque nuit
Tout seul au fond de ma fumerie
Pour un public de vieux Chinois
Je rechanterai ma chanson à moi
Celle du temps où je m’appelais Jacky

Être une heure une heure seulement
Être une heure une heure quelquefois
Être une heure rien qu’une heure durant
Beau beau beau et con à la fois

Même si un jour au paradis
Je deviens comme j’en serais surpris
Chanteur pour femmes à ailes blanches
Même si je leur chante alléluia
En regrettant le temps d’en bas
Où c’est pas tous les jours dimanche
Même si on m’appelle Dieu le Père
Celui qui est dans l’annuaire
Entre Dieulefit et Dieu vous garde
Même si je me laisse pousser la barbe
Même si toujours trop bonne pomme                    (une bonne pomme – qqun de gentil)
Je me crève le coeur et le pur esprit
A vouloir consoler les hommes
Je sais quand même que chaque nuit
J’entendrai dans mon paradis
Les anges les saints et Lucifer
Me chanter la chanson de naguère
Celle du temps où je m’appelais Jacky.

Être une heure une heure seulement
Être une heure une heure quelquefois
Être une heure rien qu’une heure durant
Beau beau beau et con à la fois

 

LES BOURGEOIS (1961)

Le coeur bien au chaud
Les yeux dans la bière
Chez la grosse Adrienne de Montalant
Avec l’ami Jojo
Et avec l’ami Pierre
On allait boire nos vingt ans
Jojo se prenait pour Voltaire
Et Pierre pour Casanova
Et moi moi qui étais le plus fier
Moi moi je me prenais pour moi
Et quand vers minuit passaient les notaires
Qui sortaient de l’hôtel des “Trois Faisans”
On leur montrait notre cul et nos bonnes manières
En leur chantant

Les bourgeois c’est comme les cochons
Plus ça devient vieux plus ça devient bête
Les bourgeois c’est comme les cochons
Plus ça devient vieux plus ça devient…                          (sous-entendu : con)

Le coeur bien au chaud
Les yeux dans la bière
Chez la grosse Adrienne de Montalant
Avec l’ami Jojo
Et avec l’ami Pierre
On allait brûler nos vingt ans
Voltaire dansait comme un vicaire
Et Casanova n’osait pas
Et moi moi qui restait le plus fier
Moi j’étais presque aussi saoul que moi
Et quand vers minuit passaient les notaires
Qui sortaient de l’hôtel des “Trois Faisans”
On leur montrait notre cul et nos bonnes manières
En leur chantant

Les bourgeois c’est comme les cochons
Plus ça devient vieux plus ça devient bête
Les bourgeois c’est comme les cochons
Plus ça devient vieux plus ça devient…

Le coeur au repos
Les yeux bien sur terre
Au bar de l’hôtel des “Trois Faisans”
Avec maître Jojo
Et avec maître Pierre
Entre notaires on passe le temps
Jojo parle de Voltaire
Et Pierre de Casanova
Et moi moi qui suis resté le plus fier
Moi moi je parle encore de moi
Et c’est en sortant vers minuit Monsieur le Commissaire
Que tous les soirs de chez la Montalant
De jeunes “peigne-culs” nous montrent leur derrière
En nous chantant

Les bourgeois c’est comme les cochons
Plus ça devient vieux et plus ça devient bête
Disent-ils Monsieur le commissaire
Les bourgeois
Plus ça devient vieux et plus ça devient…

 

MATHILDE (1964)

Ma mère voici le temps venu
D’aller prier pour mon salut
Mathilde est revenue
Bougnat tu peux garder ton vin
Ce soir je boirai mon chagrin
Mathilde est revenue
Toi la servante toi la Maria
Vaudrait peut-être mieux changer nos draps
Mathilde est revenue
Mes amis, ne me laissez pas
Ce soir je repars au combat
Maudite Mathilde puisque te voilà

Mon coeur, mon coeur ne t’emballe pas
Fais comme si tu ne savais pas
Que la Mathilde est revenue
Mon coeur arrête de répéter
Qu’elle est plus belle qu’avant l’été
La Mathilde qui est revenue
Mon coeur arrête de bringuebaler
Souviens-toi qu’elle t’a déchiré
La Mathilde qui est revenue
Mes amis ne ma laissez pas, non
Dites-moi, dites-moi qu’il ne faut pas
Maudite Mathilde puisque te voilà

Et vous mes mains restez tranquilles
C’est un chien qui nous revient de la ville
Mathilde est revenue
Et vous mes mains ne frappez pas
Tout ça ne vous regarde pas
Mathilde est revenue
Et vous mes mains ne tremblez plus
Souvenez-vous quand je vous pleurai dessus
Mathilde est revenue
Vous mes mains ne vous ouvrez pas
Vous mes bras ne vous tendez pas
Sacrée Mathilde puisque te voilà

Ma mère arrête tes prières
Ton Jacques retourne en enfer
Mathilde m’est revenue
Bougnat apporte-nous du vin
Celui des noces et des festins
Mathilde m’est revenue
Toi la servante, toi la Maria
Va tendre mon grand lit de draps
Mathilde m’est revenue
Amis ne comptez plus sur moi
Je crache au ciel encore une fois
Ma belle Mathilde puisque te v’là               (te voilà)

 

UNE VALSE A MILLE TEMPS  (1959)
Au premier temps de la valse
Toute seule tu souris déjà
Au premier temps de la valse
Je suis seul mais je t’aperçois
Et Paris qui bat la mesure
Paris qui mesure notre émoi
Et Paris qui bat la mesure
Me murmure murmure tout bas

Une valse à trois temps
Qui s’offre encore le temps
Qui s’offre encore le temps
De s’offrir des détours
Du côté de l’amour
Comme c’est charmant
Une valse à quatre temps
C’est beaucoup moins dansant
C’est beaucoup moins dansant
Mais tout aussi charmant
Qu’une valse à trois temps
Une valse à quatre temps
Une valse à vingt ans
C’est beaucoup plus troublant
C’est beaucoup plus troublant
Mais beaucoup plus charmant
Qu’une valse à trois temps
Une valse à vingt ans
Une valse à cent temps
Une valse à cent ans
Une valse ça s’entend
A chaque carrefour
Dans Paris que l’amour
Rafraîchit au printemps
Une valse à mille temps
Une valse à mille temps
Une valse a mis le temps
De patienter vingt ans
Pour que tu aies vingt ans
Et pour que j’aie vingt ans
Une valse à mille temps
Une valse à mille temps
Une valse à mille temps
Offre seule aux amants
Trois cent trente-trois fois le temps
De bâtir un roman

Au deuxième temps de la valse
On est deux tu es dans mes bras
Au deuxième temps de la valse
Nous comptons tous les deux une deux trois
Et Paris qui bat la mesure
Paris qui mesure notre émoi
Et Paris qui bat la mesure
Nous fredonne fredonne déjà

 

JEFF  (1964)
Non Jeff t’es pas tout seul
Mais arrête de pleurer
Comme ça devant tout le monde
Parce qu’une demi-vieille
Parce qu’une fausse blonde
T’a relaissé tomber
Non Jeff t’es pas tout seul
Mais tu sais que tu me fais honte
A sangloter comme ça
Bêtement devant tout le monde
Parce qu’une trois quarts putain
T’a claqué dans les mains
Non Jeff t’es pas tout seul
Mais tu fais honte à voir
Les gens se paient notre tête                                 (les gens se moquent)
Foutons le camp de ce trottoir                   (foutre le camp – partir)
Viens Jeff viens viens viens

Viens il me reste trois sous
On va aller se les boire
Chez la mère Françoise
Viens Jeff viens viens il me reste trois sous
Et si c’est pas assez
Ben il me restera l’ardoise
Puis on ira manger
Des moules et puis des frites
Des frites et puis des moules
Et du vin de Moselle
Et si t’es encore triste
On ira voir les filles
Chez la madame Andrée
Paraît qu’y en a de nouvelles
On rechantera comme avant
On sera bien tous les deux
Comme quand on était jeunes
Comme quand c’était le temps
Que j’avais de l’argent

Non Jeff t’es pas tout seul
Mais arrête tes grimaces
Soulève tes cent kilos
Fais bouger ta carcasse
Je sais que t’as le coeur gros
Mais il faut le soulever Jeff
Non Jeff t’es pas tout seul
Mais arrête de sangloter
Arrête de te répandre
Arrête de répéter
Que t’es bon à te foutre à l’eau                  (te jeter à l’eau)
Ou que t’es bon à te pendre
Non Jeff t’es pas tout seul
Mais c’est plus un trottoir
Ça devient un cinéma
Où les gens viennent te voir
Viens Jeff mais viens viens

Viens il me reste ma guitare
Je l’allumerai pour toi
Et on sera espagnols
Jeff viens viens
Comme quand on était mômes
Même que j’aimais pas ça
Tu imiteras le rossignol Jeff
Puis on se trouvera un banc
On parlera de l’Amérique
Où c’est qu’on va aller tu sais
Quand on aura du fric Jeff viens            (fric = argent)
Et si t’es encore triste
Ou rien que si t’en as l’air
Je te raconterai comment
Tu deviendras Rockefeller
On sera bien tous les deux
On rechantera comme avant
Comme quand on était beaux Jeff
Comme quand c’était le temps
D’avant qu’on soit poivrots                   (un poivrot = qqun qui boit trop)

Allez viens Jeff viens
Oui oui Jeff oui viens.

 

 

VOIR UN AMI PLEURER (1977)

Bien sûr il y a les guerres d’Irlande
Et les peuplades sans musique
Bien sûr tout ce manque de tendre
Et il n’y a plus d’Amérique
Bien sûr l’argent n’a pas d’odeur
Mais pas d’odeur vous monte au nez
Bien sûr on marche sur les fleurs
Mais mais voir un ami pleurer

Bien sûr il y a nos défaites
Et puis la mort qui est tout au bout
Le corps incline déjà la tête
Étonné d’être encore debout
Bien sûr les femmes infidèles
Et les oiseaux assassinés
Bien sûr nos coeurs perdent leurs ailes
Mais mais voir un ami pleurer

Bien sûr ces villes épuisées
Par ces enfants de cinquante ans
Notre impuissance à les aider
Et nos amours qui ont mal aux dents
Bien sûr le temps qui va trop vite
Ces métros remplis de noyés
La vérité qui nous évite
Mais mais voir un ami pleurer

Bien sûr nos miroirs sont intègres
Ni le courage d’être juif
Ni l’élégance d’être nègre
On se croit mèche on n’est que suif
Et tous ces hommes qui sont nos frères
Tellement qu’on n’est plus étonné
Que par amour ils nous lacèrent
Mais mais voir un ami pleurer.

 

Les dernières années de sa vie, Jacques BREL les a passées aux îles Marquises

LES MARQUISES (1977)

Ils parlent de la mort comme tu parles d’un fruit
Ils regardent la mer comme tu regardes un puits
Les femmes sont lascives au soleil redouté
Et s’il n’y a pas d’hiver cela n’est pas l’été
La pluie est traversière elle bat de grain en grain
Quelques vieux chevaux blancs qui fredonnent Gauguin
Et par manque de brise le temps s’immobilise
Aux Marquises

Du soir montent des feux et des pointes de silence
Qui vont s’élargissant et la lune s’avance
Et la mer se déchire infiniment brisée
Par des rochers qui prirent des prénoms affolés
Et puis plus loin des chiens des chants de repentance
Et quelques pas de deux et quelques pas de danse
Et la nuit est soumise et l’alizé se brise
Aux Marquises

Le rire est dans le coeur le mot dans le regard
Le coeur est voyageur l’avenir est au hasard
Et passent des cocotiers qui écrivent des chants d’amour
Que les soeurs d’alentour ignorent d’ignorer
Les pirogues s’en vont les pirogues s’en viennent
Et mes souvenirs deviennent ce que les vieux en font
Veux-tu que je te dise gémir n’est pas de mise
Aux Marquises.

 

 

LES REMPARTS DE VARSOVIE (1977)

Madame promène son cul sur les remparts de Varsovie
Madame promène son coeur sur les ringards de sa folie
Madame promène son ombre sur les grand-places de l’Italie
Je trouve que Madame vit sa vie
Madame promène à l’aube les preuves de ses insomnies
Madame promène à cheval ses états d’âme et ses lubies
Madame promène un con qui assure que Madame est jolie
Je trouve que Madame est servie

Tandis que moi tous les soirs
Je suis vestiaire à l’Alcazar

Madame promène l’été jusque dans le Midi de la France
Madame promène ses seins jusque dans le Midi de la chance
Madame promène son spleen tout au long du lac de Constance
Je trouve Madame de circonstance
Madame promène son chien un boudin noir nommé Byzance
Madame traîne son enfance qui change selon les circonstances
Madame promène partout son accent russe avec aisance
C’est vrai que Madame est de Valence

Tandis que moi tous les soirs
Je suis barman à l’Alcazar

Madame promène son cheveu qui a la senteur des nuits de Chine
Madame promène son regard sur tous les vieux qui ont des usines
Madame promène son rire comme d’autres promènent leur vaseline
Je trouve que Madame est coquine
Madame promène ses cuites de verre en verre de fine en fine
Madame promène les gènes de vingt mille officiers de marine
Madame raconte partout que l’on m’appelle tata Jacqueline
Je trouve Madame mauvaise copine

Tandis que moi tous les soirs
Je suis chanteuse légère à l’Alcazar

Madame promène ses mains dans les différents corps d’armée
Madame promène mes sous chez des demi-sels de bas quartier
Madame promène carrosse qu’elle voudrait bien me voir tirer
Je trouve que Madame est gonflée
Madame promène banco qu’elle veut bien me laisser régler
Madame promène bijoux qu’elle veut bien me faire facturer
Madame promène ma Rolls que poursuivent quelques huissiers
Je trouve que Madame est pressée

Tandis que moi tous les soirs
Je fais la plonge à l’Alcazar.

Madame promène son cul sur les remparts de Varsovie
Madame promène son coeur sur les ringards de sa folie
Madame promène son ombre sur les grand-places de l’Italie
Je trouve que Madame vit sa vie
Madame promène à l’aube les preuves de ses insomnies
Madame promène à cheval ses états d’âme et ses lubies
Madame promène un con qui assure que Madame est jolie
Je trouve que Madame est servie

Tandis que moi tous les soirs
Je suis vestiaire à l’Alcazar

Madame promène l’été jusque dans le Midi de la France
Madame promène ses seins jusque dans le Midi de la chance
Madame promène son spleen tout au long du lac de Constance
Je trouve Madame de circonstance
Madame promène son chien un boudin noir nommé Byzance
Madame traîne son enfance qui change selon les circonstances
Madame promène partout son accent russe avec aisance
C’est vrai que Madame est de Valence
Madame promène l’été jusque dans le Midi de la France
Madame promène ses seins jusque dans le Midi de la chance
Madame promène son spleen tout au long du lac de Constance

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